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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 10:17

20 septembre 1920 : Démission du président de la République française Paul Deschanel.

Paul Deschanel, né le 13 février 1855 à Schaerbeek (Bruxelles) et mort le 28 avril 1922 à Paris, est un homme d'État français, dont la carrière culmine avec son mandat de président de la République du 18 février au 21 septembre 1920, sous la IIIe République. Député d'Eure-et-Loir de 1885 à 1920, il est président de la Chambre des députés de 1898 à 1902 et de 1912 à 1920. L'année suivant sa démission de la présidence de la République pour raisons de santé, il est élu sénateur et le reste jusqu'à sa mort. Paul Deschanel est également un homme de lettres, auteur de plusieurs ouvrages sur les questions sociales et élu à l'Académie française le 18 mai 1899.

Au cours d'un voyage en train à destination de Montbrison, le 23 mai 1920, vers 23 h 15, s'étant penché par la fenêtre de son compartiment alors qu'il éprouve une sensation d'étouffement, Paul Deschanel chute accidentellement de la voiture. Heureusement, le convoi circule à ce moment-là à relativement faible allure (50 km/h) dans une zone de travaux à Mignerette (dans le Loiret, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Montargis). Tout ensanglanté ( en dépit du caractère bénin de ses blessures)  relativement hébété et vêtu de son seul pyjama, Paul Deschanel ne tarde pas à rencontrer André Radeau, ouvrier cheminot qui surveille la zone de travaux, et auquel il se présente comme étant le président de la République. L'image des hommes publics étant à l'époque encore peu diffusée dans la population, le cheminot se montre sceptique — pensant à première vue avoir affaire à un ivrogne — mais conduit néanmoins le voyageur accidenté jusqu’à une maison de garde-barrière toute proche, où le blessé est soigné et mis au lit par ses sauveteurs. Le garde-barrière, Gustave Dariot, impressionné par la dignité du blessé et la cohérence de ses explications, part pendant ce temps prévenir la gendarmerie de Corbeilles. Pour la petite histoire, la femme du garde-barrière aurait dit à des journalistes : « J'avais bien vu que c'était un monsieur : il avait les pieds propres ! ». La lenteur des communications entre les divers échelons fait que, malgré les faibles distances, le sous-préfet de Montargis, M. Lesueur, n'est prévenu par télégramme que vers 5 heures du matin. L'incident commence à avoir un retentissement certain lorsque l'on s'aperçoit, avant l'arrivée du train en gare de Roanne, vers 7 heures du matin, que le président de la République a disparu. La suite présidentielle (menée par Théodore Steeg (1868-1950), alors ministre de l'Intérieur) attendant sur le quai de la gare ne reste pas longtemps sans nouvelles. Une dépêche, envoyée par la gare de Montargis à celle de Saint-Germain-des-Fossés (Allier), dont le contenu explique succinctement le déroulement des évènements survenus dans la nuit, lui est rapidement transmise. L'incident donne évidemment lieu dans la presse de l'époque à de nombreuses caricatures, souvent cruelles, et inspire la verve des chansonniers. Tout le monde ne se laisse toutefois pas aller à broder de manière démesurée voire mensongère sur un incident certes curieux (et qui frappe les esprits en raison de la notoriété de sa victime). Un « riverain » des lieux de l'accident obtiendra ainsi, plusieurs décennies plus tard, que soit apposée une stèle commémorative très sobre de l'incident, sans aucun élément de caricature, à proximité du passage à niveau et de l'ancienne maison de garde-barrière où avait été conduit Paul Deschanel après sa chute. La chute du train semble être la conséquence d'une forme de somnambulisme causée par plusieurs facteurs (hypnotique, chaleur du compartiment, etc.) mais également par l'ouverture particulière des fenêtres du train qui a permis le basculement du Président vers le dehors. Il semble en fait fort probable que le président Deschanel ait été simplement très sensible aux médicaments. En revanche, d'autres prétendus incidents (baignade avec les canards dans les bassins du parc de l'Elysée, l'apposition par le président de signatures mentionnant Napoléon ou Vercingétorix sur certains documents, ou encore la lettre de démission qui aurait été en réalité signée par sa femme), ne sont attestés par aucune source sérieuse et sont apparemment plus le fruit de médisance d'adversaires politiques. Les signatures officielles se faisaient toujours devant témoin et il n'existe aucune trace administrative de ces dernières. Paul Deschanel serait en fait victime de dépression et de surmenage prenant conscience qu'en tant que chef de l'État sous la IIIe République, il n'a en réalité que peu de pouvoirs. Ceux-ci étaient en effet concentrés dans les mains du président du Conseil. Il était également sujet à des crises d'angoisse, liées notamment aux contraintes de sa présidence.

S'il retarda cette décision, ce n'est que sous la pression de son entourage (le 21 septembre, le président Deschanel renouvelle son offre de démission présentée une première fois après l'incident du train, et sur laquelle Alexandre Millerand, président du Conseil, l'avait convaincu de revenir). Pour preuve de sa lucidité, le message envoyé à l'Assemblée nationale « Mon état de santé ne me permet plus d'assumer les hautes fonctions dont votre confiance m'avait investi » ainsi que le discours prononcé à cette occasion sont éloquents : « Les hommes ont rempli la vie politique de leur époque et nous sommes les héritiers de toutes les conséquences de leurs actes. ».

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Published by passions73 - dans histoire
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